8 mai 2026

Chris Brown - Brown [Album Review]


Il est toujours tentant pour beaucoup de critiquer facilement Chris Brown, et son nouvel album BROWN ne fait pas exception, mais ce projet mérite pourtant beaucoup plus de compliments que de reproches.
Tout d'abord, il ne faut pas être freiné par le nombre de chansons - une étrange habitude dont il ne peut plus se défaire depuis 2017 et qui rebute malheureusement beaucoup de gens. Il est donc regrettable qu'il leur tende encore le bâton pour se faire battre avec 27 tracks. On peut en plus déjà imaginer qu'il enchainera sur une édition deluxe contenant une bonne douzaine de nouvelles chansons. Mais pourquoi lui en vouloir lorsqu'elles sont réussies ? C'est seulement plus compliqué statistiquement d'allier quantité et qualité, mais il a mieux relevé le défi que sur ses 4 derniers albums à rallonge où le résultat était plus mitigé. D'ailleurs J. Cole nous a déjà prouvé en début d'année avec The Fall-Off que l'album de la maturité peut être aussi long que réussi.

Mais revenons-en à BROWN. L'intro Leave Me Alone est à elle seule de très bonne augure quant à la qualité de ce qui suit grâce à sa vibe R&B old-school chaleureuse et la qualité du vrai travail musical fourni. Sa structure est très soignée, avec une vraie intro instrumentale de plus d'une minute et demi, la présence d'un bridge et d'une outro de 30 secondes, le tout sur une durée de pas moins de 6 minutes - fait absolument incroyable de nos jours où les chansons dépassent rarement 3 minutes. Cette superbe production de Metro Boomin figure aisément parmi les chansons les plus abouties de la carrière de Breezy avec une envie évidente de revenir aux grandes heures de la musique.



Les deux premiers singles sortis l'an passé étaient plutôt faibles et oubliables entre Holy Blindfold et les influences un peu Trap du peu inspiré It Depends.

Fort heureusement, il s'est clairement ressaisi cette année et la quasi totalité des autres morceaux en sont éloignés, purement R&B, mettant pleinement en valeur le merveilleux timbre de voix du chanteur.
Outre l'intro, on pourra citer For The MomentCry For Me, et les 3 duos de chanteurs de R&B. Il y a bien sûr #BodyGoals qui constitue au moins sa 9ème collaboration avec son ami Tank. Mais la plus belle affiche était celle de Slow Jamz en duo avec le génial Lucky Daye qui tient toutes ses promesses. Et que dire de l'incroyable Fallin' (feat. Leon Thomas) et son irrésistible vibe Soul absolument parfaite !

Fuck And Party avec l'apparition de Vybz Kartel pouvait laisser perplexe en laissant imaginer un club banger hors-sujet, mais il ne détonne pas et figure au contraire parmi les temps forts de l'opus.
L'autre bonne surprise est Perfect Timing où la présence de Fridayy faisait craindre un retour aux sonorités Afrobeats dont Breezy semblait ne plus se lasser et qui avaient donné lieu à la chanson la plus agaçante de 11:11 (No One Else). Ce n'est heureusement pas du tout le cas car elle est dans la lignée musicale R&B de BROWN et la voix de son invité est cette fois agréable et appropriée.

Finalement, les seules déceptions résident dans quelques chansons. Tout d'abord, Theme Song qui, sans être désagréable, sort de la direction musicale du reste de l'album dont elle n'a pas la carrure et fait tâche en ressemblant aux clubs songs faciles qui parsemaient ses précédents projets. Your Time n'est pas plus au niveau que It Depends, et It's Personal qui la suit laisse malheureusement une impression de remplissage de fin d'album même si aucune des deux n'est ratée.

En revanche, le plus regrettable réside sans surprise dans les 2 morceaux où sont invités parmi les pires rappeurs de la nouvelle génération - d'autant plus qu'ils n'ont pas été cantonnés aux moins réussis.
Red Rum est musicalement très agréable, un mid-tempo sur lequel Chris Brown brille avec une interprétation vocale qui ensorcèle, jusqu'à l'arrivée brutale de l'incompétent YoungBoy Never Broke Again dont la voix et le flow sont réellement inécoutables. Comme si cela ne suffisait pas, la douce instru se mue pour l'accueillir en quelque chose de plus brut avec de désagréables basses ultra saturées. Au-delà de la frustration de sa présence inutile qui massacre la beauté de la chanson, s'ajoute une autre frustration, celle de savoir qu'on aurait pu entendre à sa place plein d'autres rappeurs talentueux. Impossible de ne pas penser spontanément comme une évidence à Fabolous, naturellement à son aise sur le R&B et dont le flow aussi qualitatif que plaisant a toujours été une valeur ajoutée sur les chansons du genre depuis plus de 20 ans.
C'est globalement le même principe pour Call Your Name qui débute pourtant en beauté avant d'évoluer elle aussi musicalement de façon plus grossière pour accompagner les médiocres rappeuses. L'intervention de Sexyy Red est toutefois moins déplaisante alors qu'elle n'a pas plus de talent, mais celle de GloRilla est comme à son habitude beaucoup trop brutale pour un mid-tempo R&B - et donc totalement inadaptée à l'ambiance de la chanson et de l'album qu'elle gâche presque autant que YoungBoyNBA. Il y avait là encore des choix plus pertinents et Lola Brooke vient vite à l'esprit pour son talent et son habilité sur les beats R&B.

Plus globalement, c'est triste que les SEULES contributions féminines soient les deux rappeuses alors qu'il auraient pu choisir de talentueuses chanteuses R&B : de l'ancienne ou la nouvelle génération telles que Keyshia Cole, Amerie, Keri HilsonVictoria Monét, India Shawn qu'il aurait été un plaisir de voir briller à ses côtés dans ce registre.
Pourquoi ne pas avoir fait appel à plus de rappeurs et chanteurs de l'âge d'or du R&B 00's pour célébrer ses 20 ans de carrière ? Ça aurait été totalement approprié et c'est exactement ce que Kehlani vient de faire avec brio sur son génial album éponyme qui s'inscrit justement dans la même lignée et partage la même vision.
Et c'est pourtant ce que laissait imaginer l'imagerie old-school très classe que Chris Brown a cultivé pour la promotion de ce nouveau projet.

Les contributions manquées et les quelques chansons inutiles l'empêchent malheureusement de toucher à la perfection dont il est capable et de livrer un opus tel qu'on attend de lui depuis son classique X en 2014. Pour autant, malgré le nombre de titres toujours élevé et le choix de featurings qui aurait dû être meilleur, BROWN s'avère plus réussi que ses 5 derniers albums solos, plus cohérent et plus abouti. L'intention était vraiment présente et il ne mérite aucunement d'être lynché sans objectivité et sans écoute attentive.